Pourquoi faut-il mieux attendre les 3 mois du chiot pour l'adopter ?


Regarde la bouille, il est si mignon ! Nous n’avons tous qu’une hâte, c’est de le ramener à la maison.

Mais quand on a le choix, l’âge légal d’adoption (8 semaines), est-il pour autant le meilleur moment pour séparer un chiot de sa mère et de sa fratrie ? 

Chiot

Les premiers mois de la vie du chiot déterminent en grande partie l’adulte qu’il sera plus tard.

Bébé chien naît aveugle, sourd et totalement dépendant de sa mère : pour manger bien sûr, mais aussi pour maintenir sa température corporelle (les frères et sœurs y jouent aussi pour beaucoup) et faire ses besoins. En effet, l’élimination autonome n’est acquise qu’à partir de 4 semaines environ. Auparavant, c’est la mère qui stimule la zone périnéale de son petit pour déclencher la miction et la défécation. 

Au fil des semaines, notre boule de poils grandit, développe ses sens, commence à se mouvoir et à jouer avec sa fratrie. Le sevrage alimentaire intervient vers 6 semaines, lorsque la mère commence à repousser ses petits parce que la tétée devient trop douloureuse, à cause des dents de lait. Le chiot passe alors à une alimentation semi-solide. Mais ce n’est pas encore l’heure du sevrage affectif.

Chiots jeu

Une autre étape importante s’amorce. C’est la phase de socialisation. Bébé chien commence à explorer son environnement. Au contact de ses congénères, il apprend à se gérer émotionnellement et découvre les codes de communication de son espèce. Il teste et apprend comment il doit se comporter avec tel ou tel chien. Est-ce que je peux lui sauter dessus ou est-ce qu’il me montre son irritation ? Les phases de jeu vont également lui permettre de développer ses capacités motrices.

Autre apprentissage impératif pour sa vie future : celui des auto-contrôles. Il va apprendre à contrôler l’intensité de sa morsure, et surtout à lâcher prise quand le copain montre des signes de détresse. La présence de chiens adultes est fortement requise pour intervenir si besoin, et pour le guider dans ses apprentissages. Une part importante se fera par mimétisme, encouragé par l’effet de groupe (la fratrie). Ceci peut rassurer un chiot un peu craintif par exemple. C’est ce que l’on appelle la facilitation sociale.

C’est aussi le moment de se familiariser avec le monde extérieur, les bruits du quotidien, mais également avec l’humain et éventuellement d’autres espèces (chat, lapin, cheval…).

 

Vous l’aurez compris, cette période est décisive pour le chien. Elle dure en moyenne jusqu’à ses 3 mois. Puis le détachement de la mère envers ses petits devient de plus en plus effectif, pour leur apprendre à être autonome. 

chiot apeuré

En séparant l’animal de sa mère et de sa fratrie avant cet âge, sa gestion émotionnelle peut s’en trouver affectée, et ses apprentissages risquent d’être incomplets. Ce qui peut entraîner des lacunes à l’âge adulte, plus ou moins simples à récupérer selon la situation. Bien entendu, l’animal continue d’apprendre au-delà de ses 3 mois. Il faudra poursuivre la familiarisation du chiot à son environnement dans sa future famille et lui permettre de voir des congénères pour parfaire son éducation canine.  Puis, ce sera à vous de lui apprendre, avec patience et bienveillance, les règles de vie en cohabitation avec des humains. 

S’il est préférable d’attendre 12 semaines pour adopter, il existe cependant des exceptions. Notamment si l’animal évolue dans un environnement peu stimulant, puisqu’il s’habituerait à ce niveau bas de stimulations. Arrivé dans sa nouvelle maison, le décalage serait trop important, rendant l’adaptation difficile, et tout stimulus normal déclencherait une réaction de peur. Pour prévenir cela, mieux vaut le placer dans son foyer d’accueil dès 8 semaines.

 

Adaptons-nous à la situation, afin d’offrir à notre futur compagnon - si nous le pouvons -  le meilleur départ dans la vie, il en va de son bien-être. 

 

Caroline Matra

Comportementaliste canin et félin

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Commentaires: 1
  • #1

    Corinne Favreau (mardi, 06 mars 2018 10:56)

    Merci pour cet excellent article. Comme vous, je suis comportementaliste et il est incontestable que le côté peluche fait craquer les acquéreurs. Le plus triste dans tout cela est de n'avoir pas conscience par méconnaissance d'ailleurs, que tout se joue dans cette phase de vie du chiot si tant est que l'environnement y soit favorable. Il est très rare que les humains nous contactent avant l'acquisition du chiot et c'est bien dommage. Les conditions d'élevage ont tant d'importance...